31 mars 2007
Disgrâce, Coetzee.
Je ne pense pas que le concept de bouc émissaire soit celui qui convienne le mieux. La pratique du bouc émissaire a marché tant qu'elle avait le soutien du pouvoir religieux. On mettait les péchés de la cité sur le dos du bouc: on le mettait hors les murs, et la cité se trouvait purifiée. Cela marchait parce que chacun savait décoder le rite, y compris les dieux. Et puis, les dieux sont morts, et tout d'un coup il a fallu purifier la cité sans l'aide des dieux. Il fallait des actes, pas du symbolisme. C'est alors qu'est né le censeur, au sens que les Romains donnaient au terme. Le mot d'ordre devient alors la surveillance - la surveillance de chacun par tous. La purge a remplacé la purgation.
Pages 116 & 117.
Convient-il de pleurer la mort d'êtres qui ne marquent pas le deuil de leurs semblables ?
Page 161.
Si les vieillards confisquent les jeunes femmes, quel sera l'avenir de
l'espèce ? Voilà, au fond, le chef d'inculpation. C'est le thème que
traîte une bonne moitié de la littérature: des jeunes femmes qui se
débattent pour échapper aux vieillards qui les écrasent sous leur
poids, une lutte pour sauver l'espèce.
Page 239.
J. M. Coetzee, Disgrâce, trad. Catherine Lauga du Plessis, éditions du Seuil coll. "Points", Mesnil sur l'Estrée, 2001 (1999), page 239. Prix Nobel de littérature, 2003.
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