28 mars 2007
Les barbares, Yasmina désabusée.
Yasmina ne comprend pas. En fait, elle est indignée. Les jeunes qu'elle a vus mardi soir défier les policiers gare du Nord sont
comme
elle. Principalement issus de l'immigration et habitant en cité.
Yasmina est une jeune femme de 23 ans originaire de Livry-Gargan, en Seine-Saint-Denis. Elle travaille près de la gare du Nord comme assureur. Mardi, comme tous les jours, elle allait reprendre son RER B pour rentrer.
"Il était environ 18 heures, des policiers étaient en train d'établir un périmètre de sécurité. L'un d'entre eux nous a informés
qu'un contrôle avait mal tourné, qu'un homme s'était rebellé et des jeunes avaient pris sa défense, raconte Yasmina. Il y a eu
des jets de pierre, ils ont élargi le périmètre de sécurité... Les CRS essayaient de bloquer les émeutiers qui formaient des
petits
groupes". La jeune femme dit avoir vu des mineurs, beaucoup de mineurs.
Et des filles. "Ils avaient des sacs avec eux, ils devaient rentrer de cours. Ils ont rapidement mis leurs capuches ou des fringues autour de la tête pour se cacher. Les insultes fusaient,
principalement à base de 'Sarko, on t'encule'. Et puis, ils n'ont pas
voulu se laisser encercler alors ils ont balancé ce qu'ils trouvaient : un panneau de signalisation, notamment."
Yasmina a été révoltée de voir des voyageurs prendre la défense des émeutiers. "Il y avait notamment un homme d'une cinquantaine d'années qui engueulait les policiers leur reprochant leur violence, je ne sais pas s'il se rend compte de la situation.
Les jeunes étaient comme des enragés. J'ai assisté à une
interpellation, le mec se débattait, c'était violent. Il aurait fallu que les policiers restent là sans rien faire ?"
"Ces jeunes sont loin d'être cons ou désorganisés"
"C'est révoltant de voir qu'une poignée de jeunes fassent la loi dans un pays comme le nôtre. Quand on utilise les transports urbains on achète un ticket, il est normal que les agents faisant leur travail demandent les titres de transports aux usagers."
Et à ceux qui "cautionnent", j'ai envie de dire : "demandez vous à quoi ressemblerait votre vie et votre France si les forces de l'ordre n'étaient pas là ?"
Outrée, Yasmina est outrée. "Je ne comprends pas qu'on continue à défendre ces jeunes, leur trouvant des prétextes bidons du
style 'Ils sont black, beurs et étrangers, ils sont rejetés et
opprimés". "Je vis dans les mêmes conditions qu'eux, explique la jeune femme. J'ai grandi et vis toujours dans une cité. Je suis d'origine algérienne, j'ai quatre frères et soeurs mais ma mère nous a élevés seule. Seule car mon père est décédé. J'ai eu un cursus normal : un bac, la fac, une école".
Ces jeunes, elle les connaît bien. Pour avoir été animatrice dans un centre de loisir, pour avoir fait du bénévolat dans une
maison
de quartier. "Depuis qu'ils sont petits, c'est dans leur tête que la
police est l'ennemi numéro 1". Yasmina dit avoir pu en "sauver" quelques uns mais que d'autres sont "irrécupérables". "Ces jeunes sont loin d'être cons ou désorganisés, ils ont
compris qu'en France on peut vivre sur le dos des autres et en toute impunité, dit-elle sans ménagement. Quand j'étais petite, les
miens disaient toujours : 'si tu vas au commissariat, tu n'es plus mon
fils, tu n'est plus ma fille". Alors que font les parents de ces jeunes dans l'histoire ?"
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