Gérôme B.

"La littérature est l'essentiel ou n'est rien." Georges Bataille

23 mai 2008

Michael K.

Ce que la sage-femme remarqua d'abord chez Michael lorsqu'elle l'aida à sortir du ventre de sa mère, ce fut son bec de lièvre. La lèvre se retroussait comme un pied d'escargot ; la narine gauche s'ouvrait, béante. Cachant un instant l'enfant à sa mère, elle enfonça un doigt dans sa bouche, minuscule bourgeon, et constata avec soulagement que le palais était intact.
Elle dit à la mère: "Réjouissez-vous, ils portent bonheur à toute la famille." Mais Anna K ne se fit jamais à cette bouche qui refusait de se fermer, à la chair rose, vivante, ainsi mise à nue devant elle. Elle frissonnait en pensant à cet être qui s'était développé en elle au fil des mois. L'enfant n'arrivait pas à prendre le sein et pleurait de faim. Elle essaya le biberon ; comme il n'arrivait pas non plus à tirer sur la tétine, elle le nourrit à la petite cuillère, exaspérée quand il toussait, crachait et pleurait.
"En grandissant, ça se refermera", promit la sage-femme. Mais la lèvre ne se referma pas, ou pas assez, et le nez ne se redressa pas.
Elle emmena le bébé au travail avec elle, et continua à l'emmener quand il eut cessé d'être un bébé. Elle le tint à l'écart des autres enfants, parce que leurs sourires et leurs chuchotements la blessait. Année après année, Michael K, assis sur une couverture, regardait sa mère cirer les parquets des autres, et appris à se taire.

Michael K, sa vie, son temps, J.M. Coetzee, Editions du Seuil, trad. Sophie Mayoux, 1985 (1983), page 11

Il est semblable à un caillou, un galet qui, après être resté tranquillement dans son coin depuis le commencement des temps, est brusquement ramassé et passé de main en main sans ménagement, au hasard. Une petite pierre dure, à peine consciente de ce qui l'entoure, absorbée en elle-même et dans sa vie intérieure. Il traverse toutes ces institutions, ces camps, ces hôpitaux et Dieu sait quoi d'autre. Il n'a pas engendré, nul ne l'a engendré.

page 172

L'Etat vit sur le dos de fouilleurs de terre comme Michaels ; il dévore le produit de leur labeur et leur chie dessus en retour. Mais quand l'Etat a tamponné un matricule sur Michaels et l'a avalé, il perdait son temps. Car Michaels a traversé les entrailles de l'Etat sans être digéré ; il est sorti de ses camps aussi intact que de ses écoles et de ses orphelinats.

page 204

Au moins, pensa-t-il, au moins, je n'ai pas été malin ; je ne suis pas revenu à Sea Point avec un plein chargement d'histoires, prêt à raconter comment ils m'avaient tapé dessus dans les camps jusqu'à ce que je sois maigre comme un clou et que je perde la tête. J'étais muet et stupide dès le début, je resterai muet et stupide jusqu'à la fin. Il n'y a pas de honte à être un simple d'esprit. Les simples d'esprit ont été les premiers à se faire enfermer. Maintenant, ils ont des camps pour les enfants dont les parents sont partis, des camps pour les agités qui ont l'écume aux lèvres, des camps pour les gens qui ont de grosses têtes et pour ceux qui ont de petites têtes, des camps pour les gens sans moyen de subsistance apparents, des camps pour les gens qu'ils trouvent installés dans les déversoirs d'orage, des camps pour les filles des rues, des camps poru les gens qui ne savent pas combien font deux et deux, des camps pour les gens qui ont oublié leurs papiers à la maison, des camps pour les gens qui vivent dans les montagnes et qui font sauter des ponts la nuit. Peut être, en vérité, est-ce suffisant d'avoir échappé aux camps, de nêtre dans aucun de ces camps. Peut-être cela représente-t-il, pour le moment, une réussite suffisante. Combien de gens reste-t-il qui ne soient ni enfermés, ni chargés de surveiller la porte ? J'ai échappé aux camps ; si je fais attention à ne pas trop me montrer, peut-être que j'échapperai aussi à la charité.

page 228

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24 juin 2007

Grandes poches met à l'honneur mon réveil.

Voilà. Une preuve de plus de notre bon goût:


13  Apr

Posted by Laurent as Design, Watches & jewels

Ikea grey Slabang:

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Ikea Slabang is a cool rubberish clock designed by Maria Vinka. The design is pure and the functions are simple : no radio, no bright diods, but you can record 7 second of own alarm message. The snooze button (repeating alarm every five minutes for half a hour) also activate a background light, in order to read the hour in the dark.

The Slabang runs on three AAA/LR03 batteries and retails € 14. Width : 13 cm x depth : 6 cm x height : 7 cm.

Available also in yellow :

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Gizmodo Gordasm

Technorati Tags: Ikea, Slabang, design, réveil-matin, alarm clock, Maria Vinka, cool



Source.

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21 juin 2007

Nouvelle venue dans la maison

Non pas de bébé. Juste un mannequin donné par les tabs.


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20 juin 2007

La parité a aussi ses inconvéniants.

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11 juin 2007

Sarkozy, l'ordure gaulliste, bourré au sommet du G8

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08 juin 2007

Avortement.

Le débat n'existe plus, l'avortement est autorisé en France (sous certaines conditions). Ailleurs la question est posée souvent avec violence.

Une vidéo "pro-life". Bien entendu les images sont parfois malvenues (cadrages aléatoires, éclairages effroyables, avortement avec des foetus très développés). Mais l'essentiel est là, sur les images où la main adulte porte la dépouille du foetus. Ce dernier est effectivement un "être humain". Un bébé.

Le préalable à toute forme de débat, serait de dire qu'il s'agît bien d'une action visant à tuer un être humain. Comme pour l'euthanasie ou la peine de mort, cessons de faire croire (les pro-avortements extrêmistes nous expliquent depuis longtemps qu'il ne s'agît pas d'un crime) que l'acte est anodin.

Acte d'importance ne signifie cependant pas qu'il puisse être illégitime ou que l'on doive à tout prix l'interdire ou le légaliser. Au fond, la question est ailleurs.

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11 mai 2007

Sei Shônagon.

Découvert aujourd'hui:

Il est charmant de voir apparaître, éclairé par le feu qu’on ranime parmi les fines cendres, dans un élégant brasier, un dessin habilement fait.

Notes de chevet, Choses charmantes, Sei Shônagon, d'après la traduction d'André Beaujard.



Celui qui éternue le premier, le matin du jour de l'an.

La mine de l'homme qui a fait parvenir au poste envié l'enfant qu'il chérit, alors que de nombreux chambellans étaient en concurrence.

Celui qui obtient le meilleur poste de l'année, quand sont nommés les gouverneurs de province, montre un visage triomphant, encore qu'il réponde: "Quoi donc! C'est pour moi une étrange disgrâce!" aux gens qui le félicitent et lui disent : "Vous avez été d'une habilité remarquable, et vous voilà un personnage."

Et aussi celui qu'un seigneur a choisi pour gendre, parmi de nombreux rivaux, doit se dire : "Moi..."

L'exorciste qui a chassé un démon opiniâtre.

Au jeu de la rime cachée, celui qui, tout de suite, devine quel est le caractère et le fait découvrir.

Lors du concours de tir au petit arc, dans l'un des camps un homme tousse, il est distrait, il s'agite ; mais il domine son impatience, et sa flèche part en ronflant bruyamment. S'il atteint le but, quel air de triomphe !

Au jeu de go, un joueur cupide ne prend pas garde que la position des pierres, dans un endroit du goban, lui assure déjà l'avantage, et il va brouiller le jeu ailleurs. Cependant, c'est de l'autre côté, quand il ne reste plus qu'une liberté, qu'il prend à son adversaire bon nombre de pierres et les ramasse. N'est-ce pas splendide ? Il sourit d'un air fanfaron, il est plus fier de son gain que d'une victoire ordinaire.

Notes de chevet, Gens qui ont un air de suffisance, Sei Shônagon, d'après la traduction d'André Beaujard.


Parmi les jeux, celui de la balle au pied est amusant aussi, bien qu’il ne soit pas agréable à regarder !

Notes de chevet, Divertissements, Sei Shônagon, d'après la traduction d'André Beaujard.


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Sei Shônagon par Kikuchi Yosai

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Sur la nécessité.

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La Vierge et l'enfant
, Sandro Botticelli, Bois de peuplier : 0,72 x 0,51, Florence, 1445.



Aussi, le reproche qu'au nom du moderne, on adresse à la peinture, de vouloir aujourd'hui encore représenter ce qu'elle peint depuis toujours me semble aussi absurde que de reprocher à une femme de vouloir enfanter sous prétexte que, depuis l'âge des cavernes, l'expérience a déjà été tentée un nombre infini de fois. Si l'acte est en effet resté le même, l'enfant qui naîtra demain sera pourtant unique. Le destin de l'individu ne s'abolit pas dans le sort de l'espèce. La promesse qu'il porte aveclui n'est ni du hasard biologique ni de la nécessité historique: elle est à lui seul.


Considérations sur l’état des beaux-arts – Critique de la modernité, Jean Clair, Gallimard coll. "NRF essais", Paris 1983, pages 173 & 174.

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28 avril 2007

Notre sort.

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Il aimerait croire qu'il y a assez de pitié dans l'air qu'on respire pour les Noirs et pour leur sort, qu'il y a quelque désir de les traiter honorablement pour compenser la cruauté de la loi. Mais il sait qu'il n'en n'est rien. Entre Noirs et Blancs, s'est établi un fossé définitif. Au-delà de la pitié, au-delà d'un traitement honorable,  au-delà même de la bonne volonté, est profondément enfouie, de part et d'autre, la conscience que les gens comme Paul et lui, avec leurs pianos et leurs violons, sont sur cette terre, le sol d'Afrique du Sud, sous d'intenables prétextes.

J.M. Coetzee, Vers l'âge d'homme, trad. Catherine Lauga du Plessis, éditions du Seuil coll. "Points", Mesnil-sur-l'Estrée, 2003 (2002), pages 30-31.

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13 avril 2007

Ederlezi

Fête serbe de la Saint George : Ederlezi

Ederlezi est le nom tsigane de la fête serbe de la Saint George. Elle est célébrée le 6 mai.

Le nom Ederlezi vient du turc Hidirellez, nom des vacances annonçant le début du printemps, se produisant environ 40 jours après l’équinoxe de printemps. Les slaves des Balkans y ont ajouté la dimension chrétienne du jour de la Saint George.

Hidrellez est un jour très important en Anatolie : le mot lui-même est très significatif ; il est la combinaison des noms de deux prophètes : Hizir & Ilyas. Hidrellez signifie la renaissance de la nature et est aussi considéré comme le début de l’été.

Selon les croyances anatoliennes, Hizir et Ilyas seraient deux prophètes - et amis - qui auraient bu l’eau de l’immortalité. Ils se seraient fait la promesse de se revoir à nouveau chaque nuit du 5 mai, pour chaque année redonner vie à la nature.

Hizir est le protecteur des plantes et des gens pauvres ; il apporte l’abondance partout où il va
Ilyas est le protecteur des eaux et des animaux ; il redonne la santé partout où il va.

Les gens croient que les voeux formulés cette nuit là seront honorés ; que les malades seront soignés, et que ce sera la fin des malchances…

Il y a également de nombreux rituels : certains mettent une pièce dans un tissus rouge et l’accrochent à une rose. Au matin, cet argent est remis dans le porte-monnaie, et est sensé apporter l’abondance.

Aujourd’hui, ce jour est surtout connu comme l’occasion de faire des grands pique-niques…

Source.

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06 avril 2007

L'état (Etat) de la France ?


Économie
Querelle de chiffres : le ministre, le thermomètre et les élections Querelle de chiffres : le ministre, le thermomètre et les élections

Par Jacques Bichot*

Les "trafics de chiffres" avant les élections doivent être portés à la connaissance des Français. Nous en avons deux beaux exemples, pour le chômage et pour la dette publique.

L'inexactitude probable du taux de chômage reflète mal la réalité de l'emploi.

Les chiffres du chômage en France sont victimes d’un cafouillage : l’enquête emploi de l’INSEE fournit des résultats incompatibles avec ceux que le même institut tire des sources administratives (l’ANPE). L’enquête aboutirait à majorer les chiffres d’un demi point ; l’INSEE a décidé de la retravailler. Certains suspectent cet institut relevant du ministère des finances d’être « aux ordres », ce qui est peu vraisemblable ; mais cette controverse n’est pas de nature à donner confiance dans les déclarations gouvernementales !

D’autant que l’institution en charge des statistiques au niveau européen vient de jeter un pavé dans la mare. Selon Eurostat, l’enquête emploi présenterait des faiblesses structurelles, mais son millésime 2006 n’aurait pas présenté de défauts particuliers ; il serait utilisable en l’état, et présenterait une fiabilité supérieure à celle des sources administratives. Eurostat vient en conséquence de relever les chiffres français de 0,4 %. Le chômage aurait diminué entre janvier et février 2007 de 8,9 % à 8,8 %, et non pas de 8,5 % à 8,4 %.

À quelque chose malheur sera bon si ce cafouillage nous incite à ne pas accorder une importance exclusive aux chiffres du chômage. Des millions de personnes, sans satisfaire à la définition officielle du chômage posée par le Bureau international du travail, prendraient volontiers un emploi si l’occasion se présentait. D’autres se contentent d’allocations d’assistance ou de pensions alors que, moyennant quelques efforts de leur part, de celle des entreprises et du service public de l’emploi, elles pourraient se rendre utiles. C’est notamment le cas de nombreux « seniors » : il y a beaucoup de discours à propos de leur emploi, mais les réalisations avancent piano.

Et puis beaucoup d’emplois et de stages subventionnés sont « occupationnels » : sait-on combien de « contrats d’insertion à la vie sociale » (233 000 CIVIS étaient en cours en janvier 2007, soit 104 000 de plus en un an [1]), de « contrats d’avenir » (79 000), de « contrats d’accompagnement pour l’emploi » (175 000), de « contrats initiative emploi (154 000), ou de contrats jeunes en entreprise (115 000), ne sont pas du chômage déguisé ? Même pour les contrats d’apprentissage (407 000 en janvier, en progression de 6 % sur un an) et ceux de professionnalisation (166 000, en progression de 66 %), des renseignements qualitatifs seraient fort utiles. Quant aux universités, on sait qu’elles servent de « parkings » pour certains jeunes en attente d’une occasion. Il y a quelques années, on parlait volontiers de « traitement social » et de « traitement statistique » du chômage. Si ces expressions ne sont plus autant à la mode, elles n’ont pas – hélas – perdu tout rapport à la réalité. Que le « bon » chiffre du chômage soit de 8,4 ou de 8,8 %, il est loin de refléter la totalité du sous-emploi.

La dette de l’État : manipulation

Un autre indicateur mérite d’être remis à sa place : le taux d’endettement public auquel fait référence le pacte de stabilité européen. Le ministre des Finances jubile en proclamant que ce taux est revenu en 2006 de 66,2 % du PIB à 63,9 %. Les habiletés grâce auxquelles ce résultat a été atteint permettront à la France de faire cocorico à Bruxelles, mais elles n’améliorent nullement la situation du pays.

De quoi s’agit-il ? D’abord, de 16 milliards obtenus en vendant des éléments du patrimoine de l’État, à commencer par les sociétés d’autoroutes. Ensuite, pour un montant du même ordre, d’un changement apporté à la gestion de la trésorerie. Dans les deux cas, Bercy a simplement fait en sorte que l’appauvrissement de l’État français en 2006 (l’accroissement de sa situation nette négative, diraient les comptables) ne se reflète pas dans son endettement brut : celui-ci n’a augmenté que de 5 milliards d’euros, à 1 142 milliards, alors que le déficit a atteint 36,5 milliards.

Réfléchissons d’abord aux ventes réalisées : elles ont diminué à la fois l’actif et le passif de l’État. 16 milliards de moins en portefeuille titre, 16 milliards de moins pour les dettes, où est le progrès ? Au moment de la privatisation des sociétés d’autoroute, certains disaient que l’État allait faire une mauvaise affaire en vendant des entreprises fort rentables pour diminuer son endettement, assez peu coûteux. Le gouvernement avait mis leurs propos sur le compte de leur esprit partisan. Pourtant, dans un cas semblable, la dette sociale, les pouvoirs publics s’enorgueillissent du fait que le Fonds de réserve des retraites (FRR) effectue des placements en action au lieu de rembourser ce que doit la CADES (la Caisse d’amortissement de la dette sociale). Ils n’ont pas tort : les placements en actions rapportent plus de 7 % en moyenne sur longue période, tandis que la CADES paye de l’ordre de 4 % aux porteurs de ses obligations, si bien que la sécurité sociale devrait y gagner. Mais alors, pourquoi le contraire de ce qui est salué comme de la bonne gestion s’agissant des finances sociales serait-il excellent pour les finances de l’État ? Le Gouvernement n’aurait-il pas effectué une opération appauvrissant l’État, pour pouvoir annoncer en période électorale une réduction de l’endettement ?

Venons-en à la trésorerie. L’Agence France Trésor gère quelques liquidités (notamment sous forme d’un compte à la Banque de France) et beaucoup de dettes. Jusqu’en 2006, elle émettait en décembre à peu près autant de bons du Trésor que les autres mois, malgré la concentration des rentrées fiscales en fin d’année ; il en résultait un gonflement très provisoire des créances de l’État sur la Banque de France, permettant d’affronter la modicité des recettes fiscales en janvier sans emprunter beaucoup plus au cours de ce mois. En décembre dernier, sans doute sur injonction du ministre des finances, l’Agence France Trésor a supprimé les trois quarts des adjudications de bons du Trésor : l’endettement brut au 31 décembre s’en est trouvé réduit, sans aucun changement de l’endettement net, seul significatif de l’état des finances publiques.

Si pour l’application du Pacte de stabilité Bruxelles surveillait l’endettement net – ce qui serait logique – cette « meilleure gestion de trésorerie », dixit le ministre des Finances, n’aurait même pas été mentionnée dans les discours officiels, ni par les média. À vrai dire, elle n’aurait sans doute pas été mise en œuvre : la manière de faire antérieure devait présenter des avantages, sans quoi l’Agence France Trésor, qui cherche toutes les économies à réaliser, et s’est engagée pour cela dans une gestion très active utilisant des swaps et autres opérations sophistiquées, l’aurait changée plus tôt.

Le montant de la dette publique en pourcentage du PIB, comme le taux de chômage, peut ainsi être réduit par des mesures qui ne modifient quasiment pas la réalité. Est-il moral de procéder de la sorte ? À l’époque des thermomètres à mercure, les gamins qui avaient très envie de sauter la classe un matin d’hiver savaient faire monter les degrés en frottant avec le drap ou leur mouchoir. L’approche des élections redonnerait-elle une nouvelle jeunesse à certains de nos ministres ?

*Jacques Bichot est économiste, professeur à l’université de Lyon III.

[1] Tous ces chiffres proviennent du ministère du Travail et sont disponibles dans Liaisons sociales du 27 mars.



Source.

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03 avril 2007

Robot après tout.

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31 mars 2007

Disgrâce, Coetzee.


Je ne pense pas que le concept de bouc émissaire soit celui qui convienne le mieux. La pratique du bouc émissaire a marché tant qu'elle avait le soutien du pouvoir religieux. On mettait les péchés de la cité sur le dos du bouc: on le mettait hors les murs, et la cité se trouvait purifiée. Cela marchait parce que chacun savait décoder le rite, y compris les dieux. Et puis, les dieux sont morts, et tout d'un coup il a fallu purifier la cité sans l'aide des dieux. Il fallait des actes, pas du symbolisme. C'est alors qu'est né le censeur, au sens que les Romains donnaient au terme. Le mot d'ordre devient alors la surveillance - la surveillance de chacun par tous. La purge a remplacé la purgation.

Pages 116 & 117.


Convient-il de pleurer la mort d'êtres qui ne marquent pas le deuil de leurs semblables ?

Page 161.


Si les vieillards confisquent les jeunes femmes, quel sera l'avenir de l'espèce ? Voilà, au fond, le chef d'inculpation. C'est le thème que traîte une bonne moitié de la littérature: des jeunes femmes qui se débattent pour échapper aux vieillards qui les écrasent sous leur poids, une lutte pour sauver l'espèce.

Page 239.



J. M. Coetzee, Disgrâce, trad. Catherine Lauga du Plessis, éditions du Seuil coll. "Points", Mesnil sur l'Estrée, 2001 (1999), page 239. Prix Nobel de littérature, 2003.

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28 mars 2007

Les barbares, Yasmina désabusée.


Yasmina ne comprend pas. En fait, elle est indignée. Les jeunes qu'elle a vus mardi soir défier les policiers gare du Nord sont
comme elle. Principalement issus de l'immigration et habitant en cité. Yasmina est une jeune femme de 23 ans originaire de Livry-Gargan, en Seine-Saint-Denis. Elle travaille près de la gare du Nord comme assureur. Mardi, comme tous les jours, elle allait reprendre son RER B pour rentrer.
"Il était environ 18 heures, des policiers étaient en train d'établir un périmètre de sécurité. L'un d'entre eux nous a informés
qu'un contrôle avait mal tourné, qu'un homme s'était rebellé et des jeunes avaient pris sa défense, raconte Yasmina. Il y a eu
des jets de pierre, ils ont élargi le périmètre de sécurité... Les CRS essayaient de bloquer les émeutiers qui formaient des
petits groupes". La jeune femme dit avoir vu des mineurs, beaucoup de mineurs. Et des filles. "Ils avaient des sacs avec eux, ils devaient rentrer de cours. Ils ont rapidement mis leurs capuches ou des fringues autour de la tête pour se cacher. Les insultes fusaient, principalement à base de 'Sarko, on t'encule'. Et puis, ils n'ont pas voulu se laisser encercler alors ils ont balancé ce qu'ils trouvaient : un panneau de signalisation, notamment."
Yasmina a été révoltée de voir des voyageurs prendre la défense des émeutiers. "Il y avait notamment un homme d'une cinquantaine d'années qui engueulait les policiers leur reprochant leur violence, je ne sais pas s'il se rend compte de la situation. Les jeunes étaient comme des enragés. J'ai assisté à une interpellation, le mec se débattait, c'était violent. Il aurait fallu que les policiers restent là sans rien faire ?"

"Ces jeunes sont loin d'être cons ou désorganisés"

"C'est révoltant de voir qu'une poignée de jeunes fassent la loi dans un pays comme le nôtre. Quand on utilise les transports urbains on achète un ticket, il est normal que les agents faisant leur travail demandent les titres de transports aux usagers."
Et à ceux qui "cautionnent", j'ai envie de dire : "demandez vous à quoi ressemblerait votre vie et votre France si les forces de l'ordre n'étaient pas là ?"

Outrée, Yasmina est outrée. "Je ne comprends pas qu'on continue à défendre ces jeunes, leur trouvant des prétextes bidons du style 'Ils sont black, beurs et étrangers, ils sont rejetés et opprimés". "Je vis dans les mêmes conditions qu'eux, explique la jeune femme. J'ai grandi et vis toujours dans une cité. Je suis d'origine algérienne, j'ai quatre frères et soeurs mais ma mère nous a élevés seule. Seule car mon père est décédé. J'ai eu un cursus normal : un bac, la fac, une école".
Ces jeunes, elle les connaît bien. Pour avoir été animatrice dans un centre de loisir, pour avoir fait du bénévolat dans une
maison de quartier. "Depuis qu'ils sont petits, c'est dans leur tête que la police est l'ennemi numéro 1". Yasmina dit avoir pu en "sauver" quelques uns mais que d'autres sont "irrécupérables". "Ces jeunes sont loin d'être cons ou désorganisés, ils ont
compris qu'en France on peut vivre sur le dos des autres et en toute impunité, dit-elle sans ménagement.
Quand j'étais petite, les miens disaient toujours : 'si tu vas au commissariat, tu n'es plus mon fils, tu n'est plus ma fille". Alors que font les parents de ces jeunes dans l'histoire ?"


Via TF1.

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27 mars 2007

Vie quotidienne.

Sentant poindre les soucis financiers, cet après-midi (après avoir posté la demande d'APL me permettant de toucher les 33 euros mensuels d'obole citoyenne et solidaire) je suis passé à la mairie de la ville où nous habitons afin de me renseigner sur l'opportunité d'un travail contractuel de quelques mois dans la commune au sein du service culturel, des bibliothèques ou autre...

La femme regarde mon C.V. après quelques hésitations, elle me regarde et me dit:

En ce moment il n'y a pas grand chose, vous pouvez peut-être demander à entrer aux espaces verts à mi-temps et pour un mois cet été...

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